Live · Eagr
Le commercial à l'ère de l'IA

Quel rôle pour les commerciaux à l'ère de l'IA : ce qui change, ce qui reste humain
Live avec Gaultier Beauchesne (cofondateur, Eagr), animé par Lucas Mias (Jova).
Pourquoi on a fait ce live
Gaultier Beauchesne est commercial depuis ses 16 ans. Il a dirigé la BU coaching commercial B2B chez Akimbo avant de cofonder Eagr il y a deux ans. Eagr enregistre les appels, automatise le CRM, indique aux managers qui coacher sur quoi, et souffle les commerciaux en direct pendant leurs calls. Dans ce live, on ne parle pas de l'IA au service du commercial, mais du rôle du commercial demain : ce que l'IA remplace, ce qu'elle ne remplacera pas, et ce que les dirigeants doivent faire pour que ça tienne.
Key takeaways
- Les cycles de vente consultatifs et complexes ne disparaissent pas : face à une décision risquée, l'acheteur veut un humain pour se rassurer.
- Premier risque côté commercial : l'off loading cognitif. Préparer un rendez-vous en trois minutes avec un prompt, c'est moins bien le préparer, donc devenir moins bon.
- Deuxième risque côté manager : l'IA fait le diagnostic, mais l'énergie, la conviction et le sens restent humains. On doit coacher autant qu'avant.
- L'IA peut remplacer des commerciaux si la direction ne conduit pas le changement : sans « qu'est-ce que j'y gagne ? », personne n'avance.
- L'IA fait mieux que lui 90 % d'un compte rendu : le commercial doit être meilleur sur le reste (déjeuners, événements, téléphone, lien humain).
Où le commercial garde sa place : trois critères
Gaultier ne croit pas à la disparition du commercial, mais certains cycles se passent déjà d'humain : on achète une voiture en ligne sans que personne ne s'en offusque. Trois critères permettent de savoir où le commercial reste indispensable.
- Le risque : plus la décision est engageante (un comité de 12 personnes, 2 M€ en jeu), plus on veut des humains autour de la table pour ne pas porter seul le chapeau.
- Le raisonnement de décision encodé : choisir un outil de webinar peut presque s'automatiser avec un « companion brain » qui connaît ses critères. Choisir une agence ads passe par une shortlist, puis reste du gut feeling.
- La vente transactionnelle : il reste des acheteurs qui veulent parler à quelqu'un, mais de moins en moins.
L'exemple
En décembre, Gaultier cherche une agence pour refaire son site, pendant les vacances. Le patron ne répond pas à son WhatsApp, il laisse tomber. Un agent vocal formé au playbook de l'agence aurait répondu à ses trois questions et fait avancer le cycle de vente.
Les deux risques : l'off loading cognitif et le manager qui délègue trop
Gaultier est tombé dans le piège lui-même : préparer en trois minutes avec Claude, c'est ne plus se mentaliser (arguments, histoire à raconter, niveau d'énergie). Le concept s'appelle l'off loading cognitif : à force d'utiliser l'IA partout, on oublie de réfléchir. Côté manager, le risque est symétrique.
- L'IA ne mesure ni le niveau d'énergie, ni le sourire, ni la conviction dans la voix.
- Elle ne donne ni sens ni motivation à une équipe.
- Chez Eagr, les clients qui cartonnent sont ceux dont les managers sont très présents dans l'outil pour préparer leurs one to one. Ceux qui churnent pensaient qu'Eagr coacherait à leur place.
Le bon cadre
L'IA fournit l'analyse et les calls à réécouter. Le manager gagne du temps de préparation et le passe avec ses commerciaux sur ce qui compte vraiment.
Conduire le changement : qu'est-ce que j'y gagne ?
La première question à clarifier, côté direction comme côté managers, c'est le « what's in it for me ». Le gain de temps n'est que le premier niveau : l'étape d'après, c'est la performance, donc plus de variable pour le commercial.
La leçon
La data sert au diagnostic, l'humain à la décision. On analyse 50 calls avec l'outil, puis on réécoute ensemble les quelques-uns qui comptent.
Gaultier alerte aussi sur l'AI honeymoon. On automatise tout pendant deux semaines, puis la mise à jour de ce qu'on a construit devient une galère (le fameux « j'ai refait HubSpot en 48 heures »). Lui-même a un jour coaché un commercial uniquement sur la data, et est passé à côté de choses.
Équipe et propales : homogénéiser sans lisser
Chez Eagr, toute l'équipe travaille sur Claude avec le même design system en template d'équipe et les mêmes skills. Même input, output proche, mais chacun garde sa patte : deux comptes rendus différents ne posent pas de problème s'ils fonctionnent tous les deux.
La règle
L'IA produit à partir d'un input. L'output se relit, se vérifie et se corrige.
Le risque apparaît côté vente : si tout le monde envoie la même propale générée par le même modèle, les arguments se lissent et la qualité de la découverte se perd dans le livrable. Gaultier fait rédiger ses propales à 90 % par l'IA, puis les relit longuement et y remet ses mots.
Juniors : la perte de l'informel
Les juniors adoptent l'IA sans réticence : là où Gaultier copiait des pages jaunes dans Excel à ses débuts, un prompt suffit aujourd'hui. Le vrai risque est ailleurs : la déperdition de l'informel. Les tournées en voiture avec son manager, les déjeuners clients, le temps passé sur le terrain, tout ce qui forge un cerveau commercial. La génération entrée en 2020 ou 2021 en a peu connu : un collaborateur lui a un jour demandé comment organiser un déjeuner client.
- Ceux qui relancent le physique (déjeuners, événements, dîners) se construiront un réseau et un meilleur réflexe commercial, et gagneront.
- Ceux qui s'en dispensent se feront dépasser.
L'exemple
En déjeuner, on parle très peu de business et beaucoup de perso. Plusieurs clients sont devenus des amis : ils recommandent, mettent en relation et aident gratuitement sur des problèmes du quotidien.
Le go-to-market d'Eagr : cold call, webinars et brand
Gaultier a démarré en cold call, très peu en mail (« chez moi, ça n'a jamais marché »). Il teste aujourd'hui les webinars (excellent taux de transformation webinar vers rendez-vous, mais pas encore assez de monde) et de plus en plus la pub Meta, avec des contenus « vraie vie » : lui qui parle ou des clients en témoignage, dans une marque exigeante et authentique. Les pubs imposent de pré-qualifier pour ne pas remplir le pipe de mauvais leads. Le cold call sur grands comptes marche encore, mais il doute qu'il tienne deux ans. Lucas Mias confirme côté Jova : on passe du cold call au warm call, appuyé sur des signaux.
90 %
du rendu d'un compte rendu
L'IA fait mieux que lui sur 90 % du rendu : le commercial doit être meilleur sur le reste.
50 calls
analysés avant de réécouter
L'outil en passe 50 en revue pour cibler les calls à réécouter, au lieu d'en choisir 3 au hasard.
1 % vs 10-13 %
taux de décroché US vs France
Aux États-Unis, le décroché serait autour de 1 % (estimation de Gaultier), d'où l'effort sur la brand.
Partir aux US : se préparer avant de traverser
Gaultier a fait un premier voyage en mars et y retourne début d'année, pour apprendre à itérer avant d'arriver. Le sales motion y est différent : tout le monde construit sa brand pour attirer, puis l'essai gratuit de 7 jours donne le numéro de téléphone pour qualifier. Le produit doit être prêt à ce motion, ce qui s'anticipe dans la roadmap. Il assume la difficulté (« la face nord du problème »), mais pense que ça peut faire exploser la boîte.
Le mot de la fin : la vente, un ascenseur social
Gaultier a monté Eagr avec son frère, sans famille aisée : la motivation de départ, c'était de gagner de l'argent. Aujourd'hui, il veut surtout amener Eagr le plus loin possible. Il rappelle une chose qu'on oublie souvent : la vente est un ascenseur social rare, où l'on ne demande ni vos études ni d'où vous venez, seulement ce que vous générez.
« La vente, c'est un des seuls secteurs au monde où ce qui compte, c'est ce que tu fais, pas d'où tu viens. »
Replay complet
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